Le transport maritime de conteneurs à travers le canal de Suez a récupéré plus de la moitié de la capacité enregistrée avant le début des attaques contre les navires marchands en mer Rouge. Selon une analyse publiée le 14 octobre par l'organisation maritime internationale BIMCO, à partir de données de Clarksons Research, durant les deux premières semaines du mois, la capacité moyenne hebdomadaire des porte-conteneurs ayant utilisé cette route a atteint 753 000 TEU, contre 1 457 000 TEU comptabilisés au même période en 2023. C'est la première fois depuis le début de la crise que cet indicateur dépasse 50 % des niveaux d'avant les interruptions du trafic.
L'analyse, réalisée par Niels Rasmussen, analyste principal du transport maritime de BIMCO, retrace l'évolution des itinéraires commerciaux depuis la fin de 2023, lorsque les attaques des Houthis contre la navigation marchande ont amené les principales compagnies de transport de conteneurs à dérouter leurs navires par le cap de Bonne-Espérance. Au cours de la dernière semaine de cette année-là, la capacité hebdomadaire traversant Suez avait été réduite à 330 000 TEU, par rapport à une moyenne accumulée de 1,29 million de TEU par semaine.
La réduction du trafic s'est maintenue durant une bonne partie des deux années suivantes. Entre février 2024 et la mi-2026, la capacité des porte-conteneurs traversant le canal a enregistré une moyenne de 141 000 TEU par semaine, équivalente à 11 % de la capacité observée durant les semaines correspondantes de 2023.
La récupération des itinéraires par la mer Rouge a commencé à prendre de l'ampleur durant l'été 2026. Le 6 juillet, Maersk et Hapag-Lloyd ont annoncé le retour au canal de Suez du service AE15/SE3 de la coopération Gemini, qui relie l'Asie à la Méditerranée. Par la suite, les deux compagnies ont annoncé la modification d'autres cinq lignes maritimes, y compris les trois connexions restantes entre l'Asie et la Méditerranée.
À ces changements s'ajoutent les décisions prises par d'autres compagnies et alliances maritimes. BIMCO dénombre 16 services avec des modifications de leurs itinéraires depuis le début de juillet, correspondant à la coopération Gemini, les alliances Ocean Alliance et Premier Alliance ainsi que la compagnie maritime MSC. Cette dernière a confirmé en septembre la récupération partielle des transits par Suez dans son service Indusa, initialement pour les voyages en direction ouest, tout en maintenant l'itinéraire par le cap de Bonne-Espérance pour les départs vers l'est.
La réorganisation des routes affecte également les connexions maritimes du port d'Algésiras. En septembre, Maersk et Hapag-Lloyd ont annoncé l'utilisation du canal de Suez pour les services AE5, AE11, AE12 et ME2, dont AE5, AE12 et ME2 incluent des escales à Algésiras. Les itinéraires communiqués relient l'enclave portuaire à différents ports d'Asie, du nord de l'Europe et de la Méditerranée.
Dans le cas du service AE12/SE1, qui relie l'Asie à la Méditerranée et comprend des escales à Algésiras, Hapag-Lloyd a programmé le premier voyage en direction ouest du navire Umm Qarn au départ de Tanjung Pelepas le 27 octobre. Pour le trajet en direction est, la compagnie a prévu son départ d'Algésiras le 5 décembre. La compagnie maritime a précisé que les transits seraient soumis à des évaluations de sécurité et se dérouleraient sous protection navale, en coordination avec les autorités compétentes.
Selon les calculs de BIMCO, durant les deux premières semaines d'octobre, 36 % de la capacité totale des porte-conteneurs ayant utilisé les routes de Suez ou du cap de Bonne-Espérance a circulé par le canal, par rapport à une moyenne de 8 % enregistrée entre 2024 et la mi-2026. Avant les attaques, cette proportion se situait autour de 80 %.
L'évolution présente également des différences entre les directions de navigation. Au cours du troisième trimestre de 2026, la capacité des porte-conteneurs traversant Suez en direction nord représentait 75 % de celle enregistrée en direction sud. Dans les premières semaines d'octobre, cette proportion a augmenté jusqu'à 81 %, selon les statistiques recueillies par l'organisation maritime.
BIMCO estime que les détours par le cap de Bonne-Espérance avaient augmentés d'environ 10 % la demande mondiale de capacité de transport maritime de conteneurs, en raison des plus grandes distances parcourues par les navires. Rasmussen indique que cet effet diminue à mesure que les compagnies récupèrent leurs itinéraires par Suez, bien que la coïncidence de ces changements avec l'augmentation de la congestion portuaire en Asie empêche de déterminer encore toutes leurs conséquences sur l'équilibre entre l'offre et la demande.