Les transits de porte-conteneurs par le canal de Suez enregistrent un nouveau rebond alors que de plus en plus de compagnies maritimes estiment que les risques de sécurité dans la région sont acceptables. Mediterranean Shipping Company (MSC) est la dernière à essayer la route, selon le consultant Linerlytica, tandis que Maersk et Hapag-Lloyd continuent de déplacer des services vers le corridor Suez-mer Rouge et que CMA CGM augmente ses volumes sur le chemin interocéanique.
Selon le dernier rapport hebdomadaire de Linerlytica, MSC a envoyé au cours des deux dernières semaines sept navires vers l'est à travers le canal de Suez et le détroit de Bab el Mandeb. La compagnie n'a pas rendu publique de décision officielle, mais les mouvements suggèrent que le transporteur basé à Genève ne veut pas rester à la traîne par rapport à ses concurrents mondiaux dans le retour progressif à la courte route entre l'Asie et l'Europe.
L'Autorité du Canal de Suez (SCA) est en campagne active avec le secteur depuis des mois. L'organisme, présidé par Osama Rabie, décrit son approche comme une « stratégie constructive » basée sur l'ouverture de canaux de communication directe avec tous ses clients. Les volumes restent en dessous des pics historiques, mais le flux de réintégrations suggère que ce dialogue porte ses fruits.
Maersk et Hapag-Lloyd, partenaires dans l'alliance Gemini Cooperation, ont annoncé la semaine dernière le transfert d'un nouveau service au canal de Suez. Le transporteur danois avait déjà récupéré les escales en Méditerranée orientale et intègre maintenant une route avec un arrêt à Tanger Med (Maroc), en ajoutant également plus de recalages à Djeddah (Arabie Saoudite). Selon les calculs de Linerlytica, Maersk a déjà restitué au corridor trans-Suez plus de 30 % des volumes qu'elle avait dérivés par le Cap de Bonne-Espérance, et estime qu'il existe les conditions pour transférer davantage de services dans les semaines à venir.
La compagnie a expliqué à ses clients que les changements avaient été adoptés après des évaluations de sécurité approfondies. Parmi les arguments commerciaux figurent la réduction des distances, l'amélioration des temps de transit et la consommation de carburant réduite, un facteur critique cette année en raison de l'augmentation des prix du fioul. La durabilité environnementale de l'opération, avec moins d'émissions associées à des rotations plus courtes, fait partie du même argument.
CMA CGM a été le transporteur mondial le plus engagé dans le maintien du transit par Suez. Même dans les moments de plus grande tension en mer Rouge, la compagnie française a continué d'opérer des escales grâce à la couverture de l'opération EUNAVFOR de l'Union européenne, chargée de l'escorte des navires marchands dans la zone. La SCA a détaillé ces dernières semaines le passage de plusieurs des navires les plus grands et modernes de la compagnie, tels que le CMA CGM Saint Germain, le CMA CGM Notre Dame et le CMA CGM Vendome, des unités de classe ultra grande de 24 000 TEUs.
Osama Rabie a eu le 18 août une nouvelle réunion avec des représentants de CMA CGM, selon l'organisme égyptien lui-même, qui a qualifié le ton de la rencontre de positif. La SCA chiffre à 199 les navires du groupe français qui ont transit par le canal depuis le début de 2026, avec une charge nette de 5,2 millions de tonnes. Ce chiffre contraste avec celui de 2025, année où 212 navires de CMA CGM ont effectué le passage avec 18,8 millions de tonnes transportées, ce qui témoigne de l'ampleur du détournement opéré durant l'exercice précédent et de la marge de récupération restante.
Lors de la même réunion, la vice-présidente exécutive des Actifs et Opérations du groupe CMA CGM, Christine Kaboo, a fait part à l'autorité égyptienne de l'engagement de la compagnie à continuer d'augmenter le nombre de transits. Le transporteur prévoit d'ajouter dans les semaines à venir de nouveaux navires provenant de différents services revenant au corridor.
Le retour simultané de MSC, Maersk, Hapag-Lloyd et CMA CGM sur l'axe Suez-mer Rouge modifie la carte opérationnelle du commerce maritime entre l'Asie et l'Europe qui s'était consolidée au cours des dernières années autour de la longue route par le Cap de Bonne-Espérance. Pour la SCA, chaque nouveau service récupéré se traduit par des revenus de péage ; pour les compagnies maritimes, cela signifie moins de jours en mer, une facture de carburant réduite et une chaîne d'approvisionnement plus agile vers les ports de la Méditerranée, y compris ceux du détroit de Gibraltar, principaux points de transbordement du trafic est-ouest en Europe.