La Commission européenne a adopté deux stratégies spécifiques pour les îles et les communautés côtières de l'Union européenne, avec lesquelles elle établit pour la première fois une approche coordonnée pour répondre aux besoins de ces territoires, améliorer leur capacité de réponse face aux défis structurels et tirer parti de leur potentiel économique, social et environnemental à long terme.
Les initiatives concernent 17 millions de personnes vivant sur plus de 4 000 îles habitées réparties dans 16 États membres et 95 millions de citoyens résidant le long des 70 000 kilomètres de côtes de l'UE ou dans des zones côtières de 22 États membres. La Commission propose un cadre d'action qui intègre l'économie, la connectivité, l'énergie, l'environnement, la démographie, les services publics et la sécurité, afin que les particularités de ces territoires soient prises en compte dans les futures politiques européennes.
La stratégie pour les îles reconnaît que ces territoires font face à des coûts supplémentaires liés à l'insularité, des difficultés de connexion, des marchés de plus petite taille, une dépendance au tourisme et aux combustibles fossiles, une pression sur le logement, une pénurie d'eau, une perte démographique et un accès limité aux services essentiels. La Commission souligne que ces facteurs impactent à la fois la compétitivité économique et la qualité de vie de leurs habitants. Le document rappelle que les îles sont reconnues à l'article 174 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne comme des régions présentant des handicaps naturels ou démographiques graves et permanents.
La stratégie insulaire se structure autour de quatre grands domaines d'action. Le premier se concentre sur le développement économique, la connectivité, la compétitivité et l'innovation, avec des mesures destinées à diversifier les économies locales, à favoriser l'entrepreneuriat, à améliorer les connexions maritimes, aériennes et numériques, et à soutenir des secteurs comme le tourisme durable, l'économie bleue, l'agriculture, la pêche et la numérisation. La Commission analysera également le coût de l'insularité et les éventuelles mesures pour le réduire, en particulier dans le domaine du transport.
Le deuxième bloc aborde la sécurité énergétique, la protection de l'environnement et la résilience climatique. La Commission prévoit de prolonger l'initiative Clean Energy for EU Islands pendant la période 2027-2030, de promouvoir l'échange de bonnes pratiques entre les États membres et de créer une plateforme volontaire d'opérateurs de réseaux insulaires pour travailler sur des systèmes énergétiques basés sur des énergies renouvelables. Une attention accrue sera également portée à la protection des écosystèmes marins sensibles, à la gestion de l'eau, des déchets et à l'adaptation face à des phénomènes tels que l'érosion côtière, l'élévation du niveau de la mer ou les sécheresses.
Le troisième pilier s'adresse aux communautés, à la démographie et à la qualité de vie. La Commission identifie comme priorités l'accès à un logement abordable, l'éducation, la santé, la connectivité numérique, le transport et les services publics. Les îles font face dans de nombreux cas au vieillissement de la population, à l'exode des jeunes et aux difficultés à attirer des professionnels qualifiés. Dans ce domaine, Bruxelles prévoit des mesures liées à la mobilité des jeunes, à la simplification administrative pour faciliter le logement durable et au soutien des autorités publiques dans les zones sous pression résidentielle.
Le quatrième bloc est lié à la sécurité et à la préparation aux crises. La Commission considère que de nombreuses îles ont une valeur stratégique en raison de leur localisation géographique, de leur rôle dans la surveillance des frontières extérieures, de la protection des infrastructures critiques et de la sécurité maritime. Le document mentionne l'importance des ports, des aéroports, des câbles sous-marins, des réseaux énergétiques et des systèmes de communication, ainsi que la nécessité d'intégrer les spécificités insulaires dans les stratégies nationales de sécurité, de migration et de protection civile.
La deuxième stratégie est dédiée aux communautés côtières et propose trois priorités : prospérité, résilience et habitabilité. La Commission part de la diversité de ces territoires, qui vont de petites communautés de pêcheurs à de grandes villes portuaires et industrielles. L'objectif est que les politiques européennes liées à la mer, à la cohésion, à l'énergie, au climat, à la recherche, au transport et à l'environnement fonctionnent sous un cadre commun qui permet d'adapter les réponses à chaque réalité locale.
En matière de prospérité, Bruxelles place l'économie bleue durable comme l'un des axes de développement pour les zones côtières. Le document inclut la pêche, l'aquaculture, les ports, le transport maritime, la construction navale, l'énergie renouvelable marine, la biotechnologie bleue, le tourisme côtier et les services associés à l'observation océanique. La Commission estime à environ 263 milliards d'euros par an la valeur ajoutée brute générée directement par l'économie bleue européenne, bien qu'elle avertisse que certains secteurs restent insuffisamment financés.
La stratégie envisage également de nouveaux modèles commerciaux liés au pêche-tourisme, aux chaînes de valeur locales, à l'aquaculture de bas niveau trophique, à la bioéconomie bleue, aux crédits de carbone bleu et aux services basés sur des données océaniques. Dans ce domaine, l'initiative OceanEye aura un rôle pertinent en améliorant l'observation de l'océan, l'évaluation des risques climatiques, la détection des menaces à la sécurité maritime et l'accès à des informations utiles pour les autorités, les entreprises et les communautés locales.
Sur le plan environnemental, la Commission identifie les communautés côtières comme des territoires particulièrement exposés au changement climatique, à la perte de biodiversité marine et côtière, à la pollution, à l'érosion, aux inondations, à l'intrusion saline et à la dégradation des écosystèmes. Le document avertit que, sans mesures de mitigation et d'adaptation, les dommages annuels causés par les inondations côtières dans l'UE pourraient passer de 1,25 milliard d'euros actuellement à une fourchette comprise entre 93 milliards et 961 milliards d'euros d'ici la fin du siècle.
Pour améliorer la résilience, Bruxelles propose de cartographier les investissements pour l'adaptation côtière avec la Banque européenne d'investissement, d'élargir les évaluations des risques, de développer des capacités techniques dans les autorités locales et d'étendre l'initiative CoastWAVE, destinée à des systèmes d'alerte et d'évaluation des menaces dans les communautés côtières. La Commission prévoit également d'intégrer plus intensément l'adaptation climatique dans l'aménagement de l'espace maritime à travers la future Loi européenne de l'océan.
La stratégie côtière inclut en outre des mesures sur le logement abordable, la culture maritime, le patrimoine local et la qualité de vie. La Commission reconnaît que certaines zones côtières sont confrontées à une pression touristique, à une saisonnalité économique, à un manque de logements pour les résidents et travailleurs essentiels, et à un exode de la population jeune. Pour faire face à ces situations, Bruxelles prépare une Loi sur le logement abordable et une plateforme paneuropéenne d'investissement destinée à mobiliser des financements pour le logement social et abordable.
Les deux stratégies s'alignent sur le Pacte européen pour l'océan, présenté en 2025, et sur les politiques européennes de cohésion, d'action climatique, de développement durable, de sécurité maritime et de transition énergétique. Les régions ultrapériphériques sont exclues de ces propositions, car elles disposeront d'une stratégie spécifique en raison de leur statut particulier en vertu de l'article 349 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne.
La Commission invite les États membres à intégrer des mesures spécifiques pour les îles et les communautés côtières dans leurs futurs plans nationaux et régionaux, ainsi qu'à utiliser des instruments territoriaux d'investissement permettant de concevoir des actions intégrées. Elle propose également un dialogue périodique avec des représentants de ces territoires, un soutien technique, un échange de bonnes pratiques et une plus grande participation locale dans la planification des politiques européennes ayant un impact maritime et côtier.