Les États membres de l'Union européenne ont adopté des conclusions du Conseil sur la stratégie portuaire de l'UE, un document qui réaffirme le rôle des ports comme atouts stratégiques pour l'autonomie européenne, la sécurité des chaînes d'approvisionnement, la transition énergétique et la position de l'Europe dans le transport maritime international. Le texte a été approuvé dans le cadre du Conseil des Transports et établit les principales orientations politiques pour le développement de la future stratégie portuaire communautaire.
L'initiative part de la communication présentée par la Commission européenne le 4 mars 2026, dans laquelle une stratégie portuaire de l'UE destinée à améliorer la compétitivité, la résilience, la sécurité et la durabilité des ports européens était évoquée. L'approche couvre à la fois les ports maritimes et intérieurs et s'appuie sur la politique portuaire communautaire de 2013, bien qu'adaptée à un contexte marqué par des changements géopolitiques, économiques, technologiques et environnementaux.
Le ministre des Transports, des Communications et des Travaux publics de Chypre, Alexis Vafeades, a indiqué que les ports européens sont "bien plus que des passerelles pour le commerce" et les a définis comme des atouts stratégiques pour l'économie, la sécurité et l'approvisionnement énergétique. Selon ses indications, les conclusions soulignent la nécessité de disposer de ports compétitifs, résilients et préparés aux défis futurs, grâce à des actions en matière de sécurité, de transition énergétique, d'innovation et d'investissement.
Le Conseil souligne que les ports sont devenus des centres industriels multifonctionnels, tout en maintenant leur rôle traditionnel en tant que nœuds de commerce, de mobilité et d'énergie. Cette transformation exige d'élargir les capacités, de décarboniser les opérations, de numériser les processus et d'améliorer les niveaux de sécurité, tout en respectant les particularités nationales, régionales et locales des différents modèles portuaires européens.
Un des axes principaux du document est la compétitivité. Les États membres rappellent que le commerce maritime opère dans un environnement global et que les ports européens sont en concurrence avec des enclaves situées dans des pays tiers. Par conséquent, ils demandent d'aborder les distorsions résultant d'asymétries réglementaires, de pratiques de concurrence déloyale et de certains comportements de pays non communautaires. Ils demandent également de maintenir les efforts pour garantir des conditions équitables d'accès au marché pour les opérateurs européens dans les marchés portuaires des pays tiers, en termes équilibrés et non discriminatoires.
Les conclusions abordent également l'évaluation des investissements étrangers dans les ports européens. Le Conseil accueille l'intention de la Commission de rédiger des orientations sur ce sujet, tout en insistant sur le fait que les ports de l'UE doivent rester des destinations attrayantes pour les investissements. Les États membres estiment que le contrôle des investissements doit être basé sur des critères de risque, de proportionnalité et de non-discrimination, avec une attention particulière à la sécurité économique et à la prévention de situations de contrôle indu sur les infrastructures et opérations portuaires critiques.
La sécurité et la résilience occupent un autre chapitre central du texte. Le Conseil avertit que les ports sont confrontés à un environnement de menaces plus complexe, qui inclut le terrorisme, le sabotage, la criminalité organisée, la corruption, les cyberattaques, les menaces hybrides et les risques associés à l'utilisation de drones. Dans ce contexte, les États membres soutiennent les initiatives présentes et futures destinées à protéger les infrastructures portuaires, y compris l'Alliance européenne des ports, la coopération avec des partenaires internationaux et des pays tiers, ainsi que la future proposition d'un cadre communautaire qui facilite la coopération entre États membres en matière de vérification des antécédents des travailleurs portuaires.
Le document accorde également de l'importance à la mobilité militaire. Les ports sont considérés comme des nœuds essentiels pour le déplacement du personnel et de matériel militaire, de sorte que leur rôle est directement lié à la préparation européenne en matière de défense. Les États membres signalent que la mise en œuvre de la stratégie portuaire doit être alignée sur les travaux concernant la mobilité militaire et sur les activités menées dans le cadre de l'OTAN.
En matière énergétique, le Conseil reconnaît la fonction des ports comme centres clés de la transition énergétique européenne. Les conclusions demandent un meilleur soutien à l'approvisionnement électrique au port, aux réseaux intelligents, à l'électrification et à l'intégration du réseau, tant que les investissements soient économiquement viables et répondent à la demande réelle. Les États membres estiment également nécessaire d'accélérer le déploiement des réseaux, les procédures d'octroi de permis et les investissements dans les technologies énergétiques propres.
Le texte encourage à utiliser les revenus du régime de commerce des droits d'émission de l'UE pour soutenir la décarbonisation maritime tout au long de la chaîne de valeur, y compris le transport maritime, les infrastructures portuaires et les carburants alternatifs. En même temps, le Conseil admet la préoccupation existante concernant les effets du RCE et d'autres législations climatiques sur la compétitivité des ports européens, notamment en raison des risques de détournement de trafics, de fuite de carbone et de délocalisation d'investissements. Par conséquent, il invite la Commission à continuer de suivre ces effets et à proposer des mesures correctrices spécifiques lorsque nécessaire, sans s'écarter des objectifs climatiques de l'Union ni de la coordination avec les cadres internationaux.
Le financement constitue une autre des priorités du document. Les États membres demandent à améliorer l'accès aux fonds européens grâce à plus de transparence, une meilleure coordination et des procédures simplifiées. Ils indiquent également que les mécanismes de financement doivent éviter les charges administratives inutiles et rester neutres par rapport aux structures de gouvernance, aux modèles d'octroi et aux accords opérationnels des ports.
Le Conseil intègre également une dimension sociale au débat portuaire. Les conclusions reconnaissent la contribution des ports au développement économique, à la résilience et à la cohésion territoriale, en particulier dans les régions insulaires, éloignées, ultraperphériques et côtières. Dans ce domaine, l'importance de garantir des conditions de travail sûres et d'investir dans la formation, le développement des compétences et le développement professionnel pour accompagner la transformation technologique du secteur est soulignée. La nécessité d'attirer des femmes et des jeunes vers les carrières maritimes et portuaires est également mentionnée.
Selon les données recueillies dans le document, les ports gèrent environ 74 % des marchandises entrant ou sortant de l'Union européenne et environ 395 millions de passagers chaque année. De plus, la future stratégie s'appliquera à un réseau formé par 283 ports maritimes et 223 ports intérieurs intégrés dans le réseau transeuropéen de transport. Avec ces conclusions, les États membres fixent une position commune pour orchestrer les prochaines initiatives communautaires dans un domaine considéré comme essentiel pour l'économie, la sécurité, l'énergie et la connectivité européenne.