L'industrie du transport maritime de conteneurs a commencé à montrer un signe de confiance accrue dans le Golfe Persique après que Cosco Shipping Lines a annoncé la reprise immédiate de nouvelles réservations pour les conteneurs de cargaison générale entre l'Extrême-Orient et le Moyen-Orient. Cette décision représente un revirement par rapport à la suspension appliquée le 4 mars, lorsque l'escalade militaire dans la région et les restrictions dans le détroit d'Ormuz avaient rendu cette opération impropre à des conditions commerciales viables.
La réouverture de Cosco concerne les Émirats Arabes Unis, l'Arabie Saoudite, Bahreïn, le Qatar, le Koweït et l'Irak. Ce mouvement est interprété dans le secteur comme le premier signe d'un allégement opérationnel pour une route qui reste soumise à de fortes incertitudes et dont la normalisation est encore loin d'être assurée. Reuters et d'autres médias spécialisés situent cette décision dans un contexte de plus grande activité diplomatique de Pékin sur Téhéran, avec l'objectif de récupérer la stabilité dans une zone clé pour les flux énergétiques et logistiques chinois.
L'annonce de la compagnie maritime chinoise coïncide également avec de nouveaux messages de Téhéran concernant le transit de pays tiers. L'ambassadeur iranien à Séoul, Saeed Koozechi, a déclaré le 26 mars que les navires sud-coréens pourraient traverser le détroit d'Ormuz, mais uniquement avec une coordination préalable avec les autorités militaires et gouvernementales iraniennes. Selon ses mots, il n'existe pas de problèmes avec ces navires, mais le passage nécessite des consultations préalables avec Téhéran.
Malgré cette légère ouverture, la situation opérationnelle est encore loin d'être normalisée. BIMCO estime qu'environ 130 porte-conteneurs, équivalant à environ 1,5 % de la capacité de la flotte mondiale, restent retenus dans le Golfe. L'organisation estime qu'environ 3 % des volumes mondiaux de conteneurs ne peuvent plus circuler normalement, avec un effet direct sur environ 5 % de la demande mondiale de navires. Dans le cadre de ces services, elle dessert également des ports en Inde et au Pakistan, l'impact global atteignant près de 10 % de la flotte mondiale.
Le chef analyste du transport maritime chez BIMCO, Niels Rasmussen, envisage deux scénarios pour les prochains exercices : l'un avec le détroit d'Ormuz fermé de manière effective pendant une période prolongée et l'autre avec une reprise prochaine des transits. Dans les deux cas, l'organisation prévoit un affaiblissement modéré de l'équilibre mondial entre offre et demande en 2026 et 2027. Rasmussen ajoute que, si les transits ne se rétablissent pas, les compagnies maritimes de ligne devront faire face à des coûts supplémentaires importants en raison de l'augmentation des prix du carburant, tandis que les volumes de cargaison continueront de diminuer.
La particularité géographique du Golfe ajoute de la complexité à la crise. Turloch Mooney, responsable mondial de l'intelligence portuaire et de l'analyse chez S&P Global, a averti que, contrairement à ce qui s'est passé en mer Rouge, il n'existe pas d'alternative maritime réelle pour les grands hubs du Golfe. Dans son analyse, les relèves feeder à court terme ne résolvent pas le problème, mais transfèrent les goulets d'étranglement à d'autres points du réseau. Cette lecture indique une fragmentation opérationnelle des services et une fiabilité des escales de plus en plus détériorée.
Parallèlement, l'évolution des fret commence à refléter une correction. Linerlytica indique que la pression à la hausse initiale générée par la crise au Moyen-Orient s'est atténuée car une partie du tonnage excédentaire, déplacé de ses services réguliers vers le Golfe, a été réaffectée à d'autres routes. Selon ce cabinet de conseil, l'utilisation de la capacité sur les principaux trafics reste en dessous du niveau nécessaire pour soutenir les augmentations tarifaires annoncées à la mi-mars, ce qui a obligé à retirer ou à modérer ces augmentations.
Cette évolution ne signifie pas que l'opération ait retrouvé de la stabilité. Maersk a averti cette semaine de l'urgence de maintenir l'approvisionnement alimentaire vers le Moyen-Orient, dans une région où plusieurs pays du Conseil de coopération du Golfe dépendent fortement des importations. La société a maintenu des restrictions de réservations vers de nombreux ports du Golfe et a appliqué des surtaxes extraordinaires pour le carburant afin d'absorber une partie de l'augmentation des coûts résultant de la crise.
De même, Hapag-Lloyd a adapté sa réponse à la situation. La compagnie maritime allemande maintient un système d'avis continu sur l'évolution opérationnelle dans le Haut Golfe et avait annoncé en mars plusieurs suspensions et mesures temporaires pour gérer le flux de conteneurs dans la région. Ces derniers jours, elle a également mis à disposition de ses clients ayant des cargaisons dans la région des outils de suivi en temps réel pour les conteneurs secs et réfrigérés, afin d'améliorer la visibilité des expéditions dans un environnement très instable.
La réactivation partielle de Cosco introduit ainsi un élément de confiance accrue sur le marché, mais ne dissipe pas les doutes structurels concernant la route. La réouverture se limite à des cargaisons ordinaires et ne représente pas une normalisation complète des services ni du transit par Ormuz. Le secteur reste attentif à l'évolution diplomatique et aux conditions de sécurité imposées par l'Iran, tandis que les armateurs, chargeurs et opérateurs ajustent leurs réseaux à un scénario où le Golfe continue de fonctionner avec des restrictions, des coûts élevés et une fiabilité opérationnelle encore très fragile.