Le Plan Stratégique 2030 avec vision 2040 de l'Autorité Portuaire de la Baie d'Algeciras (APBA) définit le Green Energy Hub Algeciras Bay comme un « nœud énergétique de référence internationale de nouveaux combustibles alternatifs » et le fait passer en ligne propre au sein du bloc de décarbonisation. Sous cette marque, l'APBA regroupe les projets industriels, logistiques et d'approvisionnement associés aux combustibles à faibles émissions de carbone —hydrogène vert, méthanol, ammoniac, GNL et bioGNL— qui ont déjà une présence dans la Baie ou qui devraient l'avoir dans les années à venir.
Le plan attribue au Green Energy Hub une dimension territoriale concrète. La première pièce est la réorganisation des espaces dans le domaine public portuaire dans la zone de Los Barrios, ainsi que l'extension de l'infrastructure maritime associée. Cette réorganisation prépare le sol proche de la centrale thermique à accueillir des projets d'hydrogène vert et d'autres énergies propres, avec l'extension prévue du quai correspondant. La coordination avec l'Association des Grandes Industries du Campo de Gibraltar (AGI) est le mécanisme formel identifié dans le plan pour articuler l'attraction de cet investissement, ainsi qu'avec la Communauté Portuaire dans son ensemble.
La deuxième pièce territoriale est Campamento, à San Roque. Le plan cite expressément la « diversification de l'activité et création d'emplois associés à l'éolien offshore » dans cette zone, sans nommer d'opérateurs. Ce point a déjà un nom propre : Dragados Offshore, la société participée par le groupe français Vinci à travers Cobra, a obtenu en mai 2024 une concession jusqu'en 2040 pour 403.255 mètres carrés sur les terrains portuaires de Campamento, avec un quai extérieur de 263 mètres de longueur. Sur cette parcelle, elle construira des plateformes convertisseuses d'énergie HVDC —courant continu haute tension— de deux gigawatts chacune, destinées à des parcs éoliens en mer du Nord allemand. La construction a commencé en mai 2026 avec le projet LanWin2, commandé par l'opérateur néerlandais-allemand TenneT en consortium avec Siemens Energy. L'Autorité Portuaire estime que l'activité générera en moyenne un millier d'emplois directs, avec des pics supérieurs lors des phases de charge plus élevées.
Le bunkering est la troisième dimension du hub. Le plan fixe comme objectif le « leadership en bunkering en Méditerranée pour l'approvisionnement en combustibles traditionnels et alternatifs ». Actuellement, le Port d'Algeciras est le principal point d'approvisionnement international de bioGNL pour les navires, avec trois opérateurs autorisés par l'APBA —Axpo, Shell et Peninsula— et avec Enagás, à travers Scale Green Energy, fournissant l'infrastructure de liquéfaction virtuelle. Sur cette base, le hub projette l'incorporation progressive de nouveaux vecteurs —méthanol, ammoniac et dérivés de l'hydrogène vert— en ligne avec l'extension des installations de stockage d'Evos dans la Baie, comme l'a expliqué l'APBA elle-même dans différents forums du secteur.
Le bloc électrique complète l'infrastructure du projet. Le Plan Stratégique fixe deux objectifs pour 2030 : la réalisation complète du projet OPS —Onshore Power Supply, ou approvisionnement électrique dans les quais— à Algeciras et à Tarifa, et la disposition de 40 MW de puissance électrique supplémentaire. L'OPS permet aux navires amarrés de se connecter au réseau et d'éteindre leurs moteurs auxiliaires, ce qui entraîne une réduction des émissions locales. Les 40 MW supplémentaires représentent le levier électrique qui soutient cette électrification, ainsi qu'un accroissement de 25 % de la production d'énergie renouvelable pour auto-consommation que l'APBA mentionne également comme objectif.
La projection internationale du hub s'articule autour des corridors verts dénommés Asie-Europe-Amérique via Algeciras. Le plan énumère ces trois axes sans les détailler, mais l'un d'eux est déjà en développement : le corridor maritime vert Algeciras-Panama, sélectionné par la Commission européenne comme projet emblématique dans le cadre de la stratégie Global Gateway. En mai 2026, l'APBA, l'Autorité Maritime du Panama et l'Autorité du Canal de Panama ont ouvert le travail commun sur cette route, en tenant compte du méthanol, de l'ammoniac, du GNL et du bioGNL comme combustibles de transition. En juin de la même année, l'initiative a intégré la Colombie comme producteur potentiel d'hydrogène vert, d'ammoniac et de méthanol, élargissant le corridor à une logique trilatérale.
La coordination avec l'AGI et la Communauté Portuaire donne au hub son cadre institutionnel. L'AGI regroupe les grandes industries du Campo de Gibraltar, qui sont à la fois des clients potentiels, des fournisseurs et des concurrents pour l'espace disponible dans la Baie. Leur implication répond au double rôle que le Plan Stratégique leur assigne : accueillir la production de nouvelles molécules tout en les consommant dans leur transition vers des processus décarbonés. L'urbanisme des sols portuaires de Los Barrios est conçu comme l'instrument permettant de canaliser ces investissements.
Sur ces bases, l'APBA a présenté le Green Energy Hub en octobre 2025 à Singapour, devant des opérateurs asiatiques et des compagnies maritimes, dans le cadre d'une mission qui a rassemblé 21 entreprises du secteur portuaire et logistique d'Algeciras. En mars 2026, le port s'est consolidé comme référence péninsulaire dans l'approvisionnement de molécules vertes avec le bioGNL, et au printemps 2026, ils ont activé les discussions avec le Panama et la Colombie. Ces jalons, précédant l'approbation du plan, s'inscrivent dans l'objectif stratégique R5, qui engage l'APBA à accélérer la transition vers des combustibles alternatifs à faibles émissions de carbone dans le transport maritime et les chaînes logistiques associées.
Le Green Energy Hub Algeciras Bay est le nom sous lequel l'APBA articule le repositionnement du port comme nœud énergétique du Détroit. Son calendrier effectif dépendra de l'exécution des travaux de réorganisation à Los Barrios, du déploiement industriel de Dragados Offshore à Campamento, de l'extension des installations de stockage et d'approvisionnement de nouveaux combustibles, et du rythme auquel les compagnies maritimes internationales intégreront ces vecteurs dans leurs escales.