La Commission européenne a adopté ce mercredi 4 mars 2026 deux communications qui configurent le cadre d'action le plus complet que Bruxelles a conçu pour le secteur maritime-portuaire depuis plus d'une décennie : la Stratégie Portuaire de l'UE —COM(2026) 112 final— et la Stratégie Industrielle Maritime de l'UE —COM(2026) 111 final—. Le premier document se concentre sur les ports comme infrastructures critiques pour l'économie, l'énergie, la sécurité et la connectivité européennes ; le second aborde la construction navale, le transport maritime, la défense et les technologies océaniques émergentes. Les deux partagent des objectifs transversaux : renforcer la compétitivité européenne dans un contexte géopolitique changeant, protéger les infrastructures contre les menaces extérieures et le crime organisé, accélérer la décarbonisation et garantir l'autonomie stratégique du continent face à des pays tiers.
La dimension du secteur que ces stratégies cherchent à transformer est énorme. Les ports de l'UE canalisent environ 74 % du commerce extérieur européen, gèrent plus de 3 400 millions de tonnes de marchandises et accueillent près de 395 millions de passagers chaque année. Avec près de trois millions d'arrêts portuaires annuels, l'UE représente 23 % des arrêts dans le monde entier. Son empreinte économique a atteint en 2022 un chiffre d'affaires d'environ 90 000 millions d'euros et environ 423 000 emplois directs. Le réseau transeuropéen des transports se compose de 550 ports —327 maritimes (dont 44 mixtes), 223 intérieurs, 99 insulaires et 26 situés dans des régions ultraperphériques—, selon l'infographie officielle publiée avec la stratégie. La flotte contrôlée par des armateurs européens est la plus grande au monde : plus d'un tiers du tonnage du transport maritime mondial, avec des parts allant de 50 % dans les porte-conteneurs à 25 % dans le fret général, en passant par 38 % dans les navires de passagers, 34 % dans les ro-ro, 32 % dans les pétroliers et 28 % dans les vraquiers. 76 % des importations de l'UE arrivent par mer, pour une valeur avoisinant 1,3 billion d'euros.
La stratégie portuaire actualise la politique portuaire de l'UE en vigueur depuis 2013 et se structure autour de cinq piliers : compétitivité, innovation et numérisation ; transition énergétique, durabilité et industries propres ; protection et sécurité ; accès au financement et à l'investissement ; et cohésion sociale, compétences et emploi de qualité. La stratégie industrielle maritime se déploie en six axes : construction et réparation navales ; transport et connectivité ; sécurité et défense ; innovation ; financement ; et compétences professionnelles. Les deux communications ont été annoncées comme des initiatives clés dans la lettre de mandat du commissaire Tzitzikostas et comme des actions emblématiques du Compas de Compétitivité de l'UE et du Pacte Européen des Océans. Pour garantir leur suivi, la Commission créera un Conseil de Haut Niveau sur les Industries Maritimes et les Ports, présidé par le commissaire responsable et les vice-présidents exécutifs.
Le processus d'élaboration a compté avec l'une des consultations publiques les plus larges que la Commission a réalisées en matière de transport. Selon le document de travail SWD(2026) 81 final, l'appel à preuves ouvert entre le 30 juin et le 28 juillet 2025 a reçu 193 réponses formelles plus 16 contributions supplémentaires, provenant de 21 États membres et cinq pays non communautaires (Norvège, Suisse, Turquie, Émirats Arabes Unis et Royaume-Uni). Les associations professionnelles ont représenté 32,64 % des réponses, les autorités publiques 20,73 %, les entreprises 13,99 %, les ONG 9,33 %, les syndicats 4,66 % et les institutions académiques 3,63 %. La Belgique a concentré le plus grand nombre de réponses (25,4 %), suivie par l'Allemagne (10,4 %), l'Espagne (10 %), la France (8 %) et les Pays-Bas (7 %). La Commission a également organisé deux dialogues stratégiques de haut niveau —en juillet et novembre 2025—, trois réunions du Forum Européen des Ports, des sessions du Comité de Dialogue Social Sectoriel pour les Ports et environ 30 réunions bilatérales. La consultation a confirmé un large soutien à une stratégie non législative, mais a en même temps réclamé des cadres prévisibles d'aides d'État, des procédures d'autorisation plus rapides et des solutions concrètes aux goulets d'étranglement du réseau électrique, identifiés comme l'un des principaux obstacles.
Investissement étranger, mobilité militaire et concurrence
L'un des éléments qui a suscité le plus d'attention est le traitement de l'investissement et de la propriété étrangère dans les infrastructures portuaires. Bien que les communications ne mentionnent directement aucun pays particulier, le contexte géopolitique et la Communication conjointe sur la sécurité économique mettent en lumière les préoccupations européennes concernant l'influence d'entités soutenues par des États de pays tiers dans des infrastructures critiques. La Commission élaborera des orientations pour les États membres avec des critères destinés à évaluer les investissements étrangers dans les ports, y compris des seuils sur la capacité d'influence dans les décisions stratégiques, le contrôle des opérations et la dépendance des fournisseurs d'équipements à haut risque. Elle mettra également en place un cadre pour le suivi et la cartographie de ces investissements, en ligne avec le Règlement sur le contrôle des investissements étrangers directs.
En parallèle, la proposition de Règlement sur la Mobilité Militaire prévoit que les États membres doivent prévenir, atténuer et gérer les risques associés à la propriété et au contrôle étrangers d'infrastructures portuaires stratégiques à double usage. Les ports inclus dans ce Règlement feront l'objet d'une évaluation approfondie, et les États membres devront garantir la possibilité d'assumer temporairement le contrôle public ou le droit d'usage des infrastructures stratégiques en vertu de leur législation nationale. La Commission souligne l'importance de l'adoption rapide de cette proposition, encore en cours de traitement parlementaire.
En matière d'accès au marché, la stratégie plaide pour que l'UE considère si elle continue à accorder un accès au marché portuaire lorsque les opérateurs européens ne reçoivent pas un accès comparable dans le pays tiers en question. La Commission aborde également l'intégration verticale à laquelle se livrent de grands opérateurs logistiques et compagnies maritimes, reconnaissant que cela peut apporter des efficacités mais en avertissant qu'il faut préserver la concurrence effective. Pour cela, elle révisera les directives sur les fusions afin de mettre à jour les orientations sur les effets horizontaux et non horizontaux des concentrations.
Sécurité portuaire, trafic de drogue et cybersécurité
La stratégie portuaire consacre un espace considérable aux menaces à la sécurité. Les ports, souligne la Commission, sont des cibles prioritaires pour des groupes criminels organisés, des cyberattaques et des actions hybrides. La région de la mer Baltique reste particulièrement exposée à des activités de guerre hybride russes, et le phénomène de l'interférence et de la falsification des Systèmes de Navigation Globale par Satellite (GNSS) est de plus en plus fréquent dans la Baltique, la mer Noire et la Méditerranée.
La Commission mettra à jour les orientations existantes en matière de législation sur la sécurité maritime pour couvrir adéquatement les menaces cybernétiques et hybrides, le trafic illicite et l'utilisation malveillante de drones non militaires, avec l'assistance de l'Agence Européenne de Sécurité Maritime (EMSA) et de l'Agence de l'UE pour la Cybersécurité (ENISA). Un cadre de l'UE pour la vérification des antécédents des travailleurs portuaires sera proposé en 2027. Des cadres régionaux de coopération avec des pays tiers pour la sécurité portuaire seront également développés, des évaluations sélectives des ports de pays tiers à haut risque seront réalisées, et les mesures seront étendues aux ports intérieurs non couverts par le Code ISPS.
L'Alliance Portuaire Européenne, créée en janvier 2024 comme partenariat public-privé pour lutter contre le trafic de drogue et la criminalité organisée, servira de base pour de nouvelles actions. La Commission publiera de meilleures pratiques de prévention, explorera la coopération avec les pays candidats et évaluera dans quelle mesure les instruments anti-monopole peuvent soutenir les orientations de l'Alliance. La stratégie anti-corruption de l'UE, prévue pour la fin de 2026, et les mesures de la stratégie ProtectEU pour la sécurité intérieure compléteront ce cadre.
En matière de cybersécurité, un nouveau forum sera créé pour l'échange de bonnes pratiques entre les autorités portuaires et de cybersécurité des États membres, une évaluation coordonnée des risques à l'échelle de l'UE sera complétée en 2027, l'ENISA mettra à jour ses directives de gestion des risques cybernétiques pour les ports et des exercices de préparation et des simulations coordonnés seront réalisés. La Commission coopérera avec l'OMI pour promouvoir un code cybernétique mondial harmonisé.
La stratégie avertit également que les systèmes numériques portuaires, la gestion du trafic et les plateformes logistiques deviennent des infrastructures stratégiques, et rappelle que celui qui contrôle les données contrôle aussi les flux. La Commission soutiendra des initiatives de R&D pour protéger l'échange et le stockage de données, dans le cadre de solutions d'automatisation sécurisées, de cloud souverain et d'intelligence artificielle.
Transition énergétique et décarbonisation des ports
Les ports gèrent environ 40 % des marchandises liées à l'énergie et se positionnent comme des centres stratégiques énergétiques et industriels. Le prochain Plan d'Action pour l'Électrification introduira de nouvelles mesures de soutien à l'alimentation électrique depuis la terre (OPS). Selon des données de l'ESPO recueillies dans son rapport environnemental de 2025, 62 % des ports maritimes européens interrogés offrent déjà de l'OPS à un ou plusieurs postes d'amarrage, mais il s'agit principalement d'OPS basse tension ; l'OPS haute tension pour les grands navires reste rare, et les limitations de capacité du réseau électrique persistent comme l'un des principaux obstacles identifiés lors de la consultation publique.
Pour résoudre ces limitations, la Commission encouragera une plus grande transparence dans la tarification de l'OPS et une meilleure prévision de la demande, et incitera les États membres à soutenir des technologies sans fil, des solutions de réseaux intelligents et des procédures numérisées. Les États membres devront présumer, dans leurs évaluations au cas par cas, que l'infrastructure de transmission et de distribution électrique —y compris l'OPS— est d'intérêt public général, ce qui simplifierait les procédures d'autorisation. La proposition révisée du Règlement TEN-E et le Paquet Européen sur les Réseaux contribueront à accélérer la connexion des ports au réseau. L'initiative T-MED de Coopération Transméditerranéenne en Énergies Renouvelables et Technologies Propres soutiendra la connectivité énergétique entre les ports méditerranéens.
En matière de carburants, l'UE adopte une approche multi-carburant —hydrogène, ammoniac, méthanol et batteries— qui garantit flexibilité et évite la dépendance à une seule technologie. La prochaine révision du Règlement AFIR considérera des mesures pour accélérer l'infrastructure de carburants alternatifs pour le transport maritime. L'Alliance des Carburants Renouvelables et Bas en Carbone évaluera les besoins avant la fin de 2026. Dans le cadre du programme Clean Hydrogen Joint Undertaking, une étude sera commandée début 2026 pour soutenir les activités de la Coalition Mondiale des Ports à Hydrogène. Les ports peuvent jouer un rôle vital dans les vallées d'hydrogène, et les terminaux d'importation d'hydrogène transfrontaliers sont inclus dans le réseau TEN-E. La Commission appelle les États membres à soutenir la coopération structurée entre ports et clusters industriels locaux, en favorisant le déploiement des énergies renouvelables, l'échange d'énergie, la réutilisation de la chaleur résiduelle et les solutions de stockage. Le sous-programme LIFE pour la Transition Énergétique Propre financera des projets de coopération énergétique locale dans ses appels à projets des printemps 2026 et 2027.
La mise à jour du Système d'Échange de Quota d'Émission de l'UE est prévue pour le troisième trimestre de 2026, suivie de la révision du Règlement FuelEU Maritime. Les deux considéreront les éventuels problèmes de mise en œuvre qui pourraient affecter la compétitivité des ports européens, en particulier le risque de détournement de trafic vers des ports de transbordement non communautaires.
Concernant la durabilité environnementale, l'Acte Délégué de Taxonomie Climatique sera révisé pour simplifier et mettre à jour les Critères Techniques de Sélection. Le Règlement proposé sur l'accélération des évaluations environnementales facilitera les procédures avec numérisation, délais réduits, évaluations combinées et guichets uniques. Les projets portuaires de décarbonisation d'une importance stratégique pourront bénéficier d'une approbation tacite et d'une priorisation procédurale. Le Plan d'Action RESourceEU soutiendra les ports pour devenir des centres d'économie circulaire, comme le recyclage à grande échelle des déchets métalliques, des matériaux composites et le traitement avancé des matériaux.
Numérisation et connectivité : des 1 200 éléments de données à l'Espace Maritime Européen
L'augmentation des temps d'attente moyens dans les principaux ports de l'UE en 2024 a mis en évidence comment la connectivité maritime est de plus en plus limitée par la productivité des terminaux et les liaisons avec l'arrière-pays, et non seulement par l'accès maritime. Les formalités administratives peuvent représenter jusqu'à 5 % des coûts d'exploitation d'un navire, selon des études de la Commission elle-même, et les navires peuvent être contraints de soumettre jusqu'à 1 200 éléments de données en entrant dans des ports de l'UE, dont deux tiers proviennent de réglementations nationales.
L'application complète de l'Environnement Européen de Guichet Unique Maritime (EMSWe), applicable depuis août 2025, et la future interconnexion avec le Centre de Données Douanières contribueront à réduire cette charge. La Commission publiera des directives d'échange efficace de données dans la chaîne de transport avant 2028. Le plan de travail de l'Espace Maritime Européen priorisera le développement de centres de transport maritime de courte distance durables, la collaboration entre ports —en portant une attention particulière aux plus petits— et l'intégration avec le transport ferroviaire et par voies navigables intérieures. La Commission proposera un Plan d'Action sur le Transport par Voies Navigables Intérieures pour la période 2028-2034.
Construction navale : leadership européen, parts en déclin et nouvelles technologies
La Stratégie Industrielle Maritime esquisse le panorama d'une industrie qui excelle dans la haute technologie mais qui a perdu du terrain sur le marché mondial. L'Europe compte 300 chantiers navals et 28 000 fabricants d'équipements maritimes. Elle construit 97 % des croisières dans le monde et 67 % des brise-glaces, et elle est leader dans les navires de recherche, les navires de soutien éolien offshore, les plateformes flottantes, les yachts et les systèmes de propulsion propre. Cependant, la part de la construction navale européenne dans les ferries de grande taille (supérieurs à 5 000 UMS) a chuté de 60 % au niveau mondial en 2010 à environ 15 % au cours de la période 2020-2024, avec une part domestique de 38 % et une moyenne de seulement trois navires livrés par an. La Commission reconnaît que le marché international est distordu par des investissements massifs soutenus par des États de pays tiers et des pratiques étrangères au marché.
Pour aborder cette situation, la Commission lancera en 2026 une Alliance des Chaînes de Valeur Industrielles Maritimes de l'UE qui inclura la construction navale complexe, les technologies océaniques et sous-marines émergentes —drones sous-marins et de surface, systèmes autonomes de surveillance— et les technologies d'énergie éolienne flottante, marémotrice et houlomotrice. La vision pour 2030 est articulée autour de trois objectifs : consolider le leadership européen en haute technologie, positionner l'Europe comme leader dans des segments émergents et établir la construction de navires de nouvelle génération avec des émissions faibles et nulles. L'objectif déclaré —tiré du Manifeste de SEA Europe— est de soutenir l'industrie pour fournir ou moderniser entre 7 000 et 10 000 navires durables et numérisés avant 2035.
Les appels emblématiques « Chantiers du futur » et « Ports du futur », dans le cadre d'Horizon Europe 2026-2027 et avec un budget indicatif de 21 millions d'euros chacun, soutiendront l'essai et la démonstration de technologies innovantes dans des environnements réels de chantiers navals et de ports. Ensemble, Horizon 2020 et Horizon Europe ont fourni environ 218 millions d'euros pour l'innovation portuaire.
La stratégie industrielle intègre une forte dimension de défense et double usage. Les États membres pourront tirer parti des opportunités du Plan ReArm Europe, qui vise à mobiliser jusqu'à 800 000 millions d'euros de dépenses de défense d'ici 2030. Depuis 2019, 1 100 millions d'euros ont été affectés et engagés au niveau communautaire pour des capacités navales. La Commission proposera un mécanisme de soutien à la construction de ferries à double usage, déployables sur des routes stratégiquement importantes pour le transport de troupes, de véhicules et d'équipements, ainsi que pour l'évacuation et les secours d'urgence.
Dans le domaine de l'innovation, la stratégie envisage la propulsion éolienne assistée —qui a reçu plus de 36 millions d'euros d'Horizon Europe au cours des cinq dernières années—, la propulsion nucléaire pour les navires commerciaux (y compris des réacteurs modulaires petits et avancés), et les navires autonomes. Le Code MASS de l'OMI, adopté en 2026, sera obligatoire en 2032, et la Commission publiera des directives et meilleures pratiques pour les essais en mer et l'évaluation des risques. On aborde également la « flotte fantôme », composée de navires vieillissants sous juridiction et contrôle peu clairs, qui pose des risques environnementaux, et il est annoncé que plus de 16 000 navires seront recyclés dans la prochaine décennie.
Financement : instruments présents et futurs pour un secteur avec des besoins de plusieurs millions
Les besoins en financement du secteur sont élevés. Les études estiment que la décarbonisation de la flotte de navires de l'UE nécessite entre 2 400 et 8 500 millions d'euros par an, la transformation numérique des chantiers navals européens entre 3 000 et 7 500 millions, et l'ESPO estime des besoins d'investissement portuaire de 80 000 millions d'euros. Depuis 2014, l'UE a alloué environ 10 000 millions d'euros à des projets portuaires en matière d'énergie, de durabilité, de connectivité et d'innovation, et plus de 200 millions en R&D.
Pour la période 2026-2027, la Commission déploie une batterie d'instruments. L'appel à projets du Mécanisme Connecter l'Europe (CEF) en 2026 priorisera le déploiement de l'OPS dans les ports ; depuis 2014, le CEF a déjà fourni 220 millions d'euros en soutien au secteur. À travers InvestEU, entre 1 000 et 1 500 millions d'euros seront mobilisés dans le secteur aquatique avant 2027, y compris le renouvellement et la modernisation de la flotte. Le produit Blue Economy, soutenu par InvestEU et le Fonds Européen Maritime, de Pêche et d'Aquaculture (FEMPA) et mis en œuvre par la BEI, fournira du capital-risque à des startups et PME visant à mobiliser environ 800 millions d'euros, complété par le tout nouveau fonds Atlante Marine. Le Fonds d'Innovation, financé par l'EU ETS, a engagé 20 millions de droits d'émission (équivalents à 1 500 millions d'euros à 75 euros par droit) jusqu'en 2030 pour le secteur maritime et lancera un appel maritime spécifique en 2027 ; il a déjà soutenu 13 projets avec environ 600 millions d'euros depuis 2020. Horizon Europe a attribué 345 millions entre 2021 et 2024 et allouera encore 184,5 millions jusqu'en 2027 (159,5 millions pour l'association ZEWT de Transport Aquatique à Zéro Émission). En février 2026, la Commission a alloué 347 millions d'euros de CEF-Digital à des projets stratégiques de câbles sous-marins et a lancé un appel de 20 millions pour des capacités européennes de réparation. Le Fonds Européen de Défense dispose de 130 millions d'euros dans des appels navals ouverts en 2026.
Pour le prochain cadre financier pluriannuel (2028-2034), le proposé Fonds Européen de Compétitivité (ECF) pourrait soutenir des investissements dans des navires propres et numérisés, l'innovation des chantiers, les énergies marines et la technologie bleue, ainsi que des actifs de double usage civil-militaire. Le CEF 2028-2034, avec un budget de transport proposé de 51 500 millions d'euros, sera un autre instrument clé. Le Groupe de la Banque Européenne d'Investissement a apporté dans la période 2014-2025 environ 2 800 millions d'euros de capitaux propres aux ports maritimes et intérieurs, et prête une moyenne de 600 millions par an pour des projets de transport aquatique.
La Commission encourage les États membres à allouer une partie de leurs revenus de l'EU ETS à des investissements de décarbonisation maritime et considérera, lors de la prochaine révision de l'ETS, un mécanisme spécifique pour soutenir directement les compagnies maritimes avec des droits d'émission pour l'adoption de carburants durables, lié à des critères de préférence européens. Les critères de la Taxonomie de l'UE pour le secteur aquatique seront révisés au deuxième trimestre de 2026.
Un fait significatif mentionné par la stratégie industrielle elle-même : la participation des banques européennes aux portefeuilles mondiaux de financement maritime a chuté de 72 % en 2013 à 49,7 % en 2023. Les compagnies maritimes européennes font de plus en plus appel à des banques et des institutions de leasing de pays tiers, ce qui, avertit la Commission, pourrait créer une responsabilité stratégique pour l'UE, car ces institutions peuvent garder la propriété des navires loués et imposer des exigences de contenu local. Pour contrebalancer cette tendance, un nouvel instrument de crédits à l'exportation au niveau de l'UE sera annoncé pour soutenir les chantiers et fabricants d'équipements européens sur les marchés des pays tiers.
Emploi, compétences et feuille de route pour les ports petits et moyens
Jusqu'à 40 % de la main-d'œuvre de la construction navale pourrait partir à la retraite avant 2030. Dans le Pacte de Compétences sur la Construction Navale, les partenaires industriels se sont engagés à recycler et à améliorer les compétences de 7 % des employés chaque année et à attirer 234 000 nouveaux travailleurs d'ici 2030. Dans le secteur du transport maritime, jusqu'à 250 000 marins auront besoin d'un recyclage professionnel pour répondre aux besoins technologiques émergents et ceux liés à de nouveaux carburants. La Commission soutiendra la création d'un réseau d'institutions d'enseignement supérieur maritime et de centres de formation professionnelle à travers l'UE, aidera les États membres à éliminer les barrières à la mobilité des étudiants, encouragera la participation du secteur à Erasmus+ et soutiendra l'augmentation de la participation des femmes, particulièrement sous-représentées dans la navigation. La Stratégie de Renouvellement Générationnel Bleu sera publiée en 2027, dans le cadre du Pacte Européen des Océans.
Dans le domaine portuaire, les partenaires sociaux sont encouragés à établir une association de compétences spécifique dans le cadre du Pacte de Compétences. En 2027, des orientations seront publiées sur l'application de la législation maritime sur la sécurité aux travailleurs portuaires à bord des navires et des matériels de formation sur la manipulation sûre de carburants alternatifs seront fournis.
L'attention accordée aux ports petits et moyens est couverte par une feuille de route spécifique —Annexe 2 de la stratégie portuaire— qui inclut un financement prioritaire à travers les fonds de cohésion, des conseils de la BEI pour la préparation des projets via JASPERS, un soutien à l'électrification avec le Plan d'Action d'Électrification, des projets pilotes d'intégration de sources d'énergie alternatives, la plateforme BlueInvest pour l'essai de nouvelles technologies, l'accompagnement en cybersécurité et l'extension de l'Alliance Portuaire pour partager les meilleures pratiques dans la lutte contre le trafic de drogue. La Commission intégrera également des mesures pour les communautés côtières et les îles dans les prochaines stratégies spécifiques.
Le champ d'application des deux communications adoptées par Bruxelles est vaste et touche pratiquement tous les aspects de l'écosystème maritime-portuaire européen, de la surveillance des investissements étrangers au recyclage des navires, de la cybersécurité aux ferries à double usage militaire. La Commission a réalisé un diagnostic détaillé du secteur, soutenu par des données exhaustives et une large consultation publique. Les mesures s'articulent principalement comme des orientations, des directives, des feuilles de route et des actions de soutien dont la réalisation dépendra en grande partie de la volonté des États membres, de l'adoption des règlements actuellement en cours d'examen —comme celui de la Mobilité Militaire ou le paquet de Simplification Environnementale— et de la négociation du prochain cadre financier pluriannuel 2028-2034. Le secteur maritime européen dispose maintenant d'une feuille de route intégrale ; reste à voir à quelle vitesse cela se traduira en actions concrètes.