NextPort, entreprise basée dans le Champ de Gibraltar spécialisée dans l'activation de l'IA dans les ports et terminaux, a présenté lors des journées Smart Digital Ports of the Future (SDP), qui se sont tenues à Amsterdam, sa proposition technologique pour la gestion intégrée des opérations portuaires par le biais de jumeaux numériques et de modèles avancés d'exploitation des données. La société était présente aux côtés de l'Autorité portuaire de Huelva, qui a partagé son expérience en tant que l'un des premiers ports à intégrer la solution dans le cadre du programme d'innovation Ports 4.0.
La société technologique espagnole participe à ce programme avec des projets pilotes déployés dans les ports de Huelva, Algeciras et Santander, visant à l'adoption progressive d'un jumeau numérique opérationnel qui représente l'activité maritime et portuaire en temps réel. Sur cette base, NextPort dirige désormais son offre vers d'autres points d'entrée européens intéressés par une évolution vers des modèles de port intelligent avec une gestion soutenue par des données.
La présentation a été assurée par Ángel Martínez Cavero, responsable de l'adoption de produits dans les ports de NextPort, et par Manuel Francisco Martínez Torres, directeur de la technologie de l'Autorité portuaire de Huelva. Tous deux ont détaillé la collaboration développée ces dernières années pour construire un écosystème numérique intégrant plusieurs sources d'information dans une seule couche d'intelligence opérationnelle.
Stratégie numérique du port de Huelva
Lors de son intervention, le port de Huelva a expliqué sa feuille de route pour la transformation numérique, basée sur une infrastructure technologique ouverte et la coopération avec des partenaires spécialisés tels que Telefónica, Indra et Ayesa. Un des axes de cette stratégie est le Port Community System (PCS) de l'entité, conçu selon la norme européenne FIWARE, agissant comme plateforme d'échange d'informations entre la communauté portuaire.
Dans ce contexte, la contribution de NextPort est orientée vers l'optimisation des opérations maritimes et l'incorporation de capacités d'intelligence de marché, avec le soutien financier du programme Ports 4.0 de Ports de l'État. Le projet se concentre sur la création d'un jumeau numérique qui représente le port, ses infrastructures, les navires et les services associés, dans le but de faciliter la prise de décisions opérationnelles.
“FIWARE, en tant qu'architecture de référence, nous permet de fédérer des données entre les parties prenantes et facilite à des partenaires comme NextPort de fournir des informations basées sur des événements, en ajoutant également une couche d'intelligence opérationnelle à notre infrastructure, améliorant la compréhension de la situation et permettant une coordination proactive des escales portuaires”, a indiqué Manuel Francisco Martínez Torres lors de son intervention.
La collaboration entre NextPort et le port de Huelva repose sur le concept de “stratégie d'information portuaire” : une approche coordonnée pour rassembler des données qui sont traditionnellement distribuées dans des systèmes, des formats et des bases de données indépendants.
Parmi ces ressources figurent des cartes nautiques, des informations méteo-oceaniques, des restrictions de la zone portuaire (tirants d'eau, longueurs ou poids mort), des réglementations locales, des détails d'infrastructure, des prévisions de demande pour des services nautiques et des enregistrements d'opérations. La dispersion de ces éléments rend difficile pour les opérateurs d'avoir une vue d'ensemble de la situation du port et du trafic maritime qui l'entoure.
L'unification de ces informations dans un environnement numérique commun permet de structurer les données, de leur donner un contexte opérationnel et de les offrir aux agents appropriés à chaque moment. Cela permet d'aborder les barrières habituelles dans la gestion portuaire, telles que le manque de cohérence entre les sources ou la difficulté d'accès à des informations à jour.

Interopérabilité et cas d'utilisation opérationnels
Le cas du port de Huelva a été utilisé à Amsterdam comme exemple d'interopérabilité entre systèmes. L'écosystème technologique aligné avec FIWARE permet à la couche d'intelligence de NextPort de s'intégrer sans remplacer les applications existantes. Les données restent dans les systèmes d'origine, mais sont harmonisées et mises à disposition des équipes opérationnelles via des tableaux de bord et des flux d'événements.
Ces tableaux de bord offrent une vue intégrée de l'activité portuaire et facilitent l'identification d'incidents qui, dans d'autres circonstances, pourraient rester cachés. Lors de la présentation, plusieurs scénarios opérationnels ont été décrits pour illustrer leur utilité.
L'un d'eux concerne l'arrivée d'un navire dont le tirant d'eau ne correspond pas à la disponibilité réelle des places de mouillage prévues, tant à l'entrée qu'à la sortie. On a également mentionné la possibilité qu'un navire dépasse les limites de poids mort imposées par la réglementation locale pour un quai spécifique, ce qui nécessite de revoir la compatibilité entre les caractéristiques du navire et l'infrastructure assignée.
Un autre exemple est lié au départ d'un navire qui quitte le port sans avoir complété les procédures ou enregistrements associés à son escale, ce qui nécessite l'activation de procédures internes de vérification. De plus, les situations où deux grands navires coïncident dans le chenal de navigation ont été abordées, générant des risques qui doivent être évalués à l'avance pour garantir la sécurité des manœuvres.
Lorsque de telles circonstances se produisent, le jumeau numérique active des alertes adressées aux responsables opérationnels. Chaque incident est enregistré et le système intègre les décisions prises par le personnel portuaire, de sorte qu'il peut ajuster la gestion et la priorisation des avis dans des situations similaires ultérieures.
Décisions basées sur des données et coordination entre acteurs
“Chez NextPort, notre vision est que les ports prennent par défaut leurs décisions sur la base de données. Nous intégrons l'infrastructure portuaire, les données méteo-oceaniques, l'état des navires et les services maritimes dans un jumeau numérique opérationnel, et fournissons des informations pratiques aux personnes et aux systèmes par le biais de flux d'événements contrôlés. Entièrement interopérable avec PCS/TOS/PMS/GIS, ce qui contribue à améliorer l'efficacité, tout en posant les bases d'une décarbonisation et d'une résilience quantifiables”, a expliqué Ángel Martínez Cavero.
Selon l'entreprise, l'intégration des données évite que les équipes opérationnelles doivent consulter de multiples sources pour accéder à l'information nécessaire. L'objectif est que les différents acteurs —armateurs, agents, terminaux et services nautiques— disposent d'une même base de données et travaillent sur des versions cohérentes de la réalité opérationnelle.
Martínez Cavero a structuré les étapes initiales vers cette amélioration en trois lignes principales. La première est la transparence et la visibilité pour tous les concernés, de sorte que l'armateur, l'agent et le terminal puissent utiliser l'écosystème numérique de l'autorité portuaire. Il ne s'agit pas seulement de connaître l'heure d'arrivée estimée (ETA) d'un navire, mais aussi toute déviation par rapport à cette prévision à des moments clés, la distance au port ou l'éventuelle indisponibilité de services.
La deuxième ligne est la connaissance pratique, c'est-à-dire des informations que chaque acteur peut traduire en actions concrètes. Cela inclut des questions telles que les restrictions dues au niveau de la mer et aux marées, leur impact sur les tirants d'eau opérationnels, l'adéquation des quais ou les effets de l'agitation provoquée par le passage d'autres navires sur les amarres.
La troisième ligne est l'optimisation grâce à l'anticipation des interruptions ou à l'apprentissage à partir d'expériences antérieures. De nombreuses situations de contingence ne sont pas systématiquement enregistrées —par exemple, l'impact d'une congestion ou d'une tempête sur les opérations—, ce qui complique l'élaboration de modèles de réponse. Le jumeau numérique et les systèmes d'analytique permettent de documenter ces épisodes et de les prendre en compte dans les décisions futures.
Intégration du jumeau numérique et de l'intelligence artificielle
La prochaine étape dans la feuille de route de NextPort consiste à combiner cet ensemble de données unifiées avec des outils numériques avancés, tels que des jumeaux numériques et l'intelligence artificielle (IA), pour créer des modèles prédictifs de comportement portuaire.
Tout d'abord, le jumeau numérique fournit un modèle interactif du port qui intègre les escales de navires, l'infrastructure, les informations méteo-oceaniques et l'état opérationnel. Grâce à cette représentation, les utilisateurs peuvent surveiller l'activité dans tout le port, localiser des incidents et évaluer différents scénarios d'opération.
L'IA, intégrée dans le jumeau numérique lui-même ou comme système complémentaire, apporte deux capacités fondamentales : l'apprentissage à partir de données historiques et l'anticipation de scénarios futurs. L'analyse de séries temporelles sur les escales, la météorologie, les marées, les décisions opérationnelles et les conséquences associées aide à identifier des modèles récurrents et à estimer comment certaines conditions affecteront les arrivées et départs de navires.
Enfin, les données en temps réel sur le vent, les vagues, les marées, le niveau de la mer ou la disponibilité des quais alimentent des modèles prédictifs qui signalent les risques potentiels à l'avance. Ce type d'outils devient pertinent dans un contexte où les phénomènes météorologiques et océanographiques présentent une variabilité croissante et où le trafic maritime maintient une tendance à la hausse, ce qui réduit la marge pour l'improvisation dans la gestion quotidienne.


