Une équipe de l'Université de Cadix a développé une méthodologie destinée à améliorer l'efficacité des inspections réalisées sur les navires marchands et à faciliter la détection des carences liées à la sécurité maritime et à la prévention de la pollution. Le travail, publié en 2025 dans la revue scientifique Oceans, a reçu le Best Paper Award 2025, attribué à l'article de la plus haute qualité scientifique et d'impact publié par cette revue au cours de l'année.
La recherche a été réalisée par José Manuel Prieto, David Almorza, Juan J. Muñoz-Pérez et Bismarck Jigena-Antelo, chercheurs de l'Université de Cadix, avec Víctor Amor-Esteban de l'Université de Salamanque. L'équipe propose d'utiliser des techniques statistiques multivariées pour analyser les résultats des inspections portuaires et déterminer quelles carences apparaissent le plus fréquemment dans chaque catégorie de navire.
La méthode part de la considération que les différents types d'embarcations ne partagent pas nécessairement les mêmes profils de risque. Les caractéristiques structurelles, les équipements installés, le type de cargaison, les conditions d'exploitation et les services fournis par chaque navire peuvent influer sur la nature des manquements détectés lors d'une inspection.
La méthodologie permet de relier chaque catégorie d'embarcation aux carences qu'elle enregistre le plus souvent. Cette information peut aider les inspecteurs à orienter les contrôles vers les éléments présentant une plus grande probabilité de manquement, sans limiter la révision des autres équipements et procédures exigés par la réglementation internationale.
Chaque année, des milliers de navires sont soumis à des inspections dans les ports européens dans le cadre du système de contrôle par l'État du port, connu internationalement sous le nom de Port State Control. Ce mécanisme permet aux administrations maritimes de vérifier que les navires étrangers qui entrent dans leurs ports respectent les exigences établies dans les principaux accords internationaux.
Parmi ces normes figurent la Convention internationale pour la sauvegarde de la vie humaine en mer, le SOLAS, et la Convention internationale pour prévenir la pollution par les navires, le MARPOL. Les inspections portent sur des questions liées à la sécurité de la navigation, à la machinerie, aux dispositifs de sauvetage, aux systèmes anti-incendie, aux conditions de travail de l'équipage et à la prévention des déversements et des émissions polluantes.
La planification de ces contrôles repose habituellement sur des facteurs tels que l'historique du navire, son ancienneté, le pavillon, la société de classification, les carences détectées précédemment et le comportement de la société responsable de sa gestion. L'étude intègre dans ce processus une classification plus détaillée basée sur les caractéristiques et les risques associés à chaque type d'embarcation.
Pour élaborer le travail, les chercheurs ont analysé un total de 186 255 inspections effectuées entre 2018 et 2022 dans des ports appartenant au Mémorandum de Paris. Cet accord régional coordonne le contrôle des navires étrangers dans les ports de ses États membres et dispose de l'une des principales bases de données internationales sur les inspections, carences et détentions.
À partir de ces enregistrements, l'équipe a appliqué une analyse des correspondances, une technique statistique qui permet d'étudier les relations existantes entre différentes variables catégorielles. Dans ce cas, la procédure a servi à lier les types de navires aux classes de carences identifiées lors des inspections.
Les résultats montrent des différences entre les problèmes enregistrés sur les porte-conteneurs, les vraquiers, les pétroliers, les navires de passagers et d'autres catégories. Certains navires concentrent une plus grande proportion de carences liées à la machinerie, à l'étanchéité, à la prévention de la pollution ou à l'état des équipements opérationnels.
Pour les navires de passagers, l'analyse identifie d'ailleurs une relation plus étroite avec les systèmes de prévention et de lutte contre les incendies. Cette différenciation permet d'établir des priorités d'inspection adaptées au profil opérationnel de chaque embarcation et de répartir les ressources disponibles en fonction de la probabilité de trouver certaines irrégularités.
La proposition ne remplace pas les procédures établies dans les régimes de contrôle portuaire, mais intègre un outil supplémentaire pour soutenir la prise de décision. L'utilisation de modèles statistiques sur de grands volumes d'informations peut faciliter la sélection des éléments nécessitant une révision plus détaillée lors de la visite des inspecteurs.
Une détection précoce des défaillances dans les équipements, installations ou procédures peut réduire la probabilité d'accidents, de pannes et d'incidents de pollution marine. Elle peut également contribuer à limiter les conséquences résultant de carences qui, sans une inspection spécifique, pourraient rester non identifiées pendant l'exploitation du navire.
Le travail allie des connaissances en ingénierie maritime, en statistiques appliquées et en analyse de grandes bases de données. Ses résultats peuvent avoir des applications auprès des administrations responsables du contrôle portuaire, notamment dans la planification des inspections et dans l'identification des modèles associés aux différents segments de la flotte marchande.
Le prix décerné par Oceans reconnaît la méthodologie utilisée, le volume d'informations analysées et la possible application des résultats dans le domaine du transport maritime. La recherche s'intègre aux axes de travail de l'Université de Cadix liés à la sécurité de la navigation, à la gestion des navires et à la protection de l'environnement marin.
