Maersk a lancé un nouveau service maritime hebdomadaire, dénommé SLA (Service Baltique – SLA), qui relie le nord de l'Europe et l'Italie à l'Égypte et qui inclut une escale à Tanger-Med (Maroc) sur son trajet de retour, excluant le port d'Algeciras de sa rotation. La ligne relie les ports de Gdansk, Bremerhaven et Gênes aux enclaves égyptiennes de Port Said Est et Alexandrie.
La rotation complète du service suit l'ordre suivant : Gdansk – Bremerhaven – Gênes Vado Ligure – Port Said Est – Alexandrie – Port Tanger – Gdansk. Ainsi, l'escale marocaine se situe dans la phase de retour de la route, étant le seul arrêt de la région avant le retour vers la mer Baltique.
Avec cette nouvelle connexion, la compagnie maritime vise à offrir une route directe vers la Méditerranée orientale, à réduire les temps de transit et à fournir une plus grande fiabilité au trafic entre les deux extrémités du parcours. Le service s'articule autour d'une rotation hebdomadaire fixe et avec un nombre réduit de transbordements, une configuration visant à donner de la stabilité aux flux commerciaux entre le continent européen et l'Égypte.
Le mouvement de Maersk se produit dans un contexte de pertinence pour le commerce entre l'Union européenne et l'Égypte, qui a atteint 32,3 milliards d'euros en 2025. La nouvelle ligne vise à canaliser une partie de ces échanges à travers un trajet plus stable et avec des escales réduites.
La décision est cohérente, selon la compagnie maritime, avec le plan 'Gemini Cooperation' de la société, dont l'approche consiste à réduire les temps de transit en diminuant le nombre d'arrêts le long des routes. Le choix de Tanger-Med comme unique point d'escale régional répond à cette logique de simplification opérationnelle.
Dans ce scénario, Tanger-Med est le seul port de la région qui dispose de plus d'une terminal, une caractéristique qui lui confère la capacité d'absorber de plus grands volumes de trafic. S'y ajoutent d'autres avantages que l'enclave marocaine présente par rapport à ses concurrents : surface disponible pour l'opération, coûts d'exploitation plus bas et une réglementation environnementale située en dehors du cadre de l'Union européenne.
Face à ces conditions, les limitations d'Algeciras se sont reflétées dans la propre documentation de son opérateur. APM Terminals a reconnu dans ses rapports annuels les restrictions auxquelles elle est confrontée au port andalou, notamment le manque d'espace de stockage, au point d'indiquer que "il n'est pas possible de croître physiquement". Ce manque de surface conditionne la capacité du bassin à attirer de nouveaux services.
La répartition des trafics dans la zone a également été perturbée par des facteurs externes. Les tensions géopolitiques, avec la situation dans le détroit d'Ormuz et la guerre d'Iran comme éléments de référence, ont provoqué le détournement de navires vers Tanger-Med, ce qui a généré des situations de saturation au port marocain en raison de l'augmentation des escales.
Malgré la perte de ce service, le port d'Algeciras présente un comportement inégal dans ses chiffres récents. L'enceinte a enregistré une baisse de 5% de son trafic total jusqu'au mois d'avril, mais dans le segment des conteneurs, elle a connu une croissance de 8,5% par rapport à l'année précédente, dépassant ainsi le chiffre de 1,5 million de TEUs. Le chiffre montre que l'activité des conteneurs maintient une trajectoire de croissance en marge du recul du trafic global.
Parallèlement, le terminal TTI Algeciras travaille sur un plan d'expansion évalué à 150 millions d'euros, promu par Hyundai et CMA CGM. Le projet prévoit l'ajout de 160 000 mètres carrés supplémentaires et élèverait la capacité du terminal à 2,1 millions de conteneurs par an. La concession de TTI s'étend jusqu'en 2065, un horizon temporel qui laisse de la place pour le développement de ces investissements.
La nouvelle ligne de Maersk remet sur la table la concurrence entre les deux rives du détroit pour l'attraction de services de longue distance. Alors que Tanger-Med accumule des escales grâce à sa disponibilité d'espace, ses coûts plus bas et un cadre réglementaire environnemental différencié, Algeciras combine la limitation physique reconnue par son opérateur avec une croissance soutenue des conteneurs et un projet d'expansion à long terme qui vise à accroître sa capacité future. L'issue de cette lutte dépendra de la vitesse avec laquelle le port andalou traduira ces investissements en surface opérationnelle face à un concurrent qui gagne déjà des parts dans la répartition des trafics de la Méditerranée occidentale.
