Le groupe maritime AP Møller-Maersk s'est imposé comme l'opérateur connaissant la plus grande expansion en capacité et en part de marché dans le segment des services intra-européens de conteneurs au cours des douze derniers mois. Dans un marché qui n'a presque pas crû de 1,9 % en termes de tonnage — environ 20.000 TEUs de plus qu'en février 2025 —, la compagnie dirigée par Vincent Clerc a porté sa part de 8,5 % à 12,1 %, ce qui équivaut à un passage de 101.500 à 146.500 TEUs de capacité déployée, selon les données du consultant en intelligence maritime Alphaliner.
Ce bond de trois points et demi pourcent se matérialise par l'incorporation de 12 navires porte-conteneurs à son opération intra-européenne, atteignant ainsi 49 actifs, tandis que la taille moyenne de ses navires est passée de 2.742 à 2.989 TEUs. L'origine de cette expansion réside, selon Alphaliner, dans le déploiement du modèle logistique hub and spoke articulé autour de la Coopération Géminis, l'alliance opérationnelle que Maersk maintient avec l'allemand Hapag-Lloyd depuis l'année dernière. De manière significative, alors que la compagnie maritime danoise a gagné en présence sur les routes européennes, son partenaire allemand a réduit sa capacité dans ce même marché au cours de cette même période.
Malgré la croissance remarquable enregistrée, Maersk continue d'occuper la troisième position dans le classement des opérateurs intra-européens en termes de capacité déployée, restant encore à une distance considérable du leader. MSC, la compagnie maritime basée à Genève contrôlée par la famille Aponte, est en tête du classement avec une part de 30,6 %, presque deux points au-dessus de 28,8 % que l'entreprise enregistrait il y a un an. Le consultant maritime attribue cette avancée à l'incorporation de neuf nouveaux services, dont deux sont opérés avec jusqu'à dix navires d'une taille comprise entre 2.000 et 3.000 TEUs. Parmi les nouvelles routes mises en place par MSC figure une connexion entre la Baltique, le Nord de l'Europe, la péninsule ibérique et le Maroc, et une navette entre l'Italie et le sud de la Turquie.
En deuxième position se trouve CMA CGM, qui a également gagné du terrain sur le marché intra-européen, passant de 17,3 % de part en 2025 à 19,2 % actuellement. La progression du groupe maritime français confirme une tendance de concentration dans la zone supérieure du tableau, où les trois plus grands opérateurs mondiaux de lignes régulières captent ensemble plus de 60 % de la capacité déployée sur les routes en Europe.
Alphaliner met également en avant l'escalade protagonisée par l'entreprise turque Akkon Lines, qui a grimpé de trois places dans le classement pour se retrouver à la dixième position. La société d'Istanbul a augmenté sa capacité de 29 %, ajoutant 3.600 TEUs à son offre par la mise en place de nouveaux services entre le Nord de l'Europe et la Méditerranée et dans les ports occidentaux de la Méditerranée. Sa part est passée de 1 % à 1,3 %, une avancée modeste en termes absolus mais suffisante pour devancer des concurrents qui ont réduit leur présence dans la région.
À l'autre extrémité, Hapag-Lloyd et Arkas Line figurent parmi les opérateurs ayant perdu le plus de capacité sur le marché intra-européen. La compagnie maritime allemande a retiré les 15.200 TEUs qu'elle offrait de manière indépendante sur les lignes intraméditerranéennes et est passée à opérer dans cette zone exclusivement par le biais d'accords d'échange de slots, en particulier avec Maersk et dans le cadre de la Coopération Géminis. Sa part de capacité s'est contractée de 2,8 % à 1,3 % sur une période d'un an, une réduction qui reflète la reconfiguration de sa stratégie opérationnelle en Europe après la mise en place de l'alliance avec son partenaire danois.
Arkas Line, y compris sa filiale EMES, a également subi un recul notable, avec une chute de sa part de 4,3 % à 2,7 %. Selon Alphaliner, la compagnie maritime turque a fermé son service Blue Med, qui reliait les deux extrêmes de la Méditerranée avec le Maroc, et a réaffecté ses cinq porte-conteneurs — d'une taille comprise entre 1.450 et 2.550 TEUs — à son service MAS, de plus récente création, qui opère entre l'Afrique de l'Ouest et la Méditerranée. Cette décision représente un retrait d'Arkas dans le trafic intraméditerranéen au profit de routes reliant au continent africain.
Une autre baisse significative est celle de la compagnie taïwanaise Yang Ming, qui a disparu du top-20 des opérateurs intra-européens après des années de présence dans le classement. Le consultant maritime indique que la compagnie a retiré 75 % de sa capacité dans ce marché au cours des douze derniers mois, principalement en raison de la fin des services qu'elle opérait conjointement avec ONE et Evergreen entre le Nord de l'Europe et la Méditerranée. Les navires libérés auraient été redistribués sur des lignes opérant en Asie.
À l'échelle mondiale, la capacité des services de conteneurs en Europe a enregistré une croissance modérée de 1,9 % par rapport à février 2025, une augmentation qui répond davantage à un choix de navires plus grands — avec une moyenne de 1.789 TEUs contre 1.732 TEUs précédemment — qu'à une expansion significative de la flotte, qui est restée relativement stable autour de 677 navires. Cette dynamique pointe vers une tendance de rationalisation de l'offre sur le marché intra-européen, où les opérateurs cherchent à gagner en efficacité en utilisant des navires de plus grande taille plutôt que de multiplier le nombre d'unités en service.
