Le président de l'Autorité Portuaire de la Baie d'Algésiras (APBA), Gerardo Landaluce, a transmis au MEDPorts Forum 2026, qui s'est tenu les 20 et 21 mai à Marseille avec le Port de Marseille Fos comme hôte, un message centré sur la nécessité pour les ports méditerranéens de disposer des conditions adéquates pour attirer les investissements privés comme moyen de consolider des chaînes logistiques capables de faire face au contexte actuel d'incertitude géopolitique. Landaluce, qui participe à l'association en tant que vice-président, a intervenu lors d'un dialogue commun avec la secrétaire générale de l'Organisation Européenne des Ports Maritimes (ESPO), Isabelle Ryckbost, dédié à l'analyse de la nouvelle Stratégie Portuaire de l'UE, adoptée par la Commission Européenne le 4 mars dernier.
«Pour disposer de chaînes logistiques résilientes, les ports doivent être attractifs pour attirer des investissements privés, pour cela il est nécessaire de mettre en œuvre les projets RTE-T qui améliorent la connexion terrestre des ports avec leur hinterland», a expliqué Landaluce lors de son intervention. La référence au Réseau Transeuropéen de Transport (RTE-T) vise directement l'un des déficits qui touche plusieurs ports du sud de l'Europe, où la connectivité ferroviaire et routière avec les grands marchés continentaux reste une priorité.
Le forum, organisé sous le slogan «Logistique Résiliente et Corridors Verts», a rassemblé des représentants d'autorités portuaires, d'organismes internationaux, d'entreprises du secteur de l'énergie et d'acteurs logistiques de toutes les rives de la Méditerranée. L'association MEDPorts, créée en 2018, regroupe actuellement plus de 30 autorités portuaires et quatre centres de formation de pays tels que l'Espagne, la France, l'Italie, le Maroc, la Tunisie, la Grèce, la Slovénie, la Croatie, Malte, le Liban, l'Égypte et la Mauritanie, entre autres. Ses membres représentent environ 70% du trafic de fret et 90% du trafic de passagers du bassin méditerranéen.
Lors de l'échange avec Ryckbost, Landaluce a abordé plusieurs questions clés pour le secteur portuaire européen. Parmi les messages principaux du président de l'APBA figurait la considération selon laquelle les ports méditerranéens jouent un rôle essentiel dans le développement des politiques extérieures de l'Union Européenne, une fonction qui, selon lui, doit être accompagnée d'un cadre réglementaire et financier approprié. Dans cette optique, le vice-président de MEDPorts a appelé à la nécessité de disposer des mêmes règles du jeu pour tous les opérateurs, et a proposé de tirer parti de la révision du système EU ETS maritime pour définir précisément son champ d'application, une demande partagée par de nombreuses autorités portuaires communautaires préoccupées par la possible perte de compétitivité face aux ports de pays non membres de l'UE.
Landaluce a également souligné que le chemin vers la décarbonisation du transport maritime ne doit pas compromettre la compétitivité des ports européens, et a insisté sur l'importance d'articuler un soutien financier communautaire. À cet égard, les données de l'Étude d'Investissements Portuaires de l'ESPO de 2024, élaborée par le professeur Peter de Langen, chiffrent à 80 milliards d'euros les besoins d'investissement des ports européens pour la prochaine décennie, un volume qui reflète l'élargissement du rôle de ces infrastructures, qui sont passées de nœuds logistiques à également devenir des facilitateurs de la transition énergétique, de l'économie circulaire et de la résilience géoéconomique.
Pour sa part, Luis Núñez a participé à une table ronde sur les corridors maritimes verts et numériques où il a défendu la collaboration public-privé comme modèle pour matérialiser la transition énergétique du transport maritime. Le responsable de la stratégie de l'APBA a cité deux initiatives concrètes auxquelles le Port d'Algésiras est directement impliqué.
La première est la ligne maritime verte intercontinentale entre Tarifa et Tanger Ville, un projet public-privé attribué à Baleària fin 2024 après le concours organisé par l'APBA, où les critères techniques et environnementaux ont eu plus de poids que les critères économiques. Baleària construit aux Chantiers Armón (Gijón) deux ferries rapides 100% électriques à zéro émission, avec une puissance de 16 MW et des batteries de 13 000 kWh, capacité pour 804 passagers et 225 véhicules et une vitesse maximale de 26 nœuds. Les catamarans jumeaux couvriront les 18 milles marins qui séparent les deux ports exclusivement avec de l'énergie électrique à partir de 2027, faisant de la route le premier corridor maritime vert entre l'Europe et l'Afrique. Le projet prévoit également l'électrification des ports de Tarifa et Tanger Ville, avec des batteries de stockage de 8 MWh et des systèmes de recharge rapide par bras robotiques autonomes permettant de recharger les batteries en environ 40 minutes pendant les escales.
La deuxième initiative présentée par Núñez est le Corridor Vert et Numérique entre Panama et le Port d'Algésiras, formalisée en octobre 2025 par le biais d'un Mémorandum d'Entente signé à Bruxelles dans le cadre du Global Gateway Forum. Le projet, qui relie deux des points les plus stratégiques du commerce maritime mondial — le Canal de Panama et le Détroit de Gibraltar —, vise à décarboniser le trafic de conteneurs sur cette route transocéanique par l'implantation de combustibles alternatifs tels que les biocarburants, l'e-méthanol et l'ammoniac, le développement de connexions électriques pour les navires (OPS) et la numérisation de la logistique. L'étude de faisabilité estime une économie annuelle de 800 000 tonnes de CO₂. L'APBA a présenté les avancées de ce projet lors du Forum UE-Amérique Centrale qui s'est tenu à Ciudad de Panamá le mois dernier, ainsi qu'un projet d'interopérabilité numérique entre la plateforme de commerce centraméricaine et le Port Community System du port algecireño.
La participation de l'APBA au MEDPorts Forum se déroule dans un contexte d'incertitude géopolitique croissante qui a modifié les routes maritimes en Méditerranée, avec la suspension des transits par le détroit d'Ormuz et la mer Rouge par plusieurs compagnies maritimes. Les ports intégrés dans MEDPorts représentent 70% du trafic de marchandises en Méditerranée et 90% du trafic de passagers de la région. Pendant les deux jours du forum, les membres de l'association ont partagé leurs initiatives, préoccupations et opportunités face au contexte géopolitique actuel, afin de renforcer les chaînes logistiques et la résilience des ports méditerranéens.
